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A deux lignes

 

Littérature contemporaine et jeunesse

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Creepy, Yutaka Maekawa

Creepy, c’est l’impression que peuvent donner des insectes qui s’avancent en rampant et par extension, le mot s’est mis à désigner quelque chose d’effrayant ou pouvant provoquer la terreur.  

C’est ainsi que Takakura, professeur d’université et protagoniste de l’histoire définit le titre de ce polar japonais. Et le moins que l’on puisse dire c’est que le contenu de l’ouvrage est en lien étroit avec cette définition.

Yutaka Maekawa, l’auteur du livre, nous propose une intrigue pour le moins perturbante à l’aspect parfois lugubre et destabilisant. Nous sommes régulièrement tentés de s’en prendre aux personnages pour les déconseiller de faire telle ou telle action.

Imaginez que votre voisin ne soit plus vraiment celui que vous connaissiez auparavant, qu’il prenne les traits d’un inconnu aux agissements troublants et malsains, qu’il devienne un dangereux criminel au comportement effroyable … Les agissements de ce bourreau planent sur le texte, nous tourmentent, nous assaillent de ressentiments à la fois lugubres et malsains. On se prend au jeu, on est surpris jusqu’à la dernière page …

Maekawa nous propose un polar extrêmement bien construit aux rebondissements inattendus qui savent tenir le lecteur en haleine. La littérature japonaise a cette capacité à dépayser, à transporter, à destabiliser, à émouvoir aussi … Maekawa n’échappe pas à la règle et nous convie à sortir de ce que l’on a l’habitude de voir, d’entendre, de lire ; laissez-vous tenter.

 

Le reste de leur vie, Jean-Paul Didierlaurent

Il est de ces livres que l’on achète parfois mais que l’on ne lit pas tout de suite, que l’on garde dans notre bibliothèque ou sur notre table de nuit pour quand on aura le temps, pour quand on aura l’occasion.

Didierlaurent est de ces auteurs qui écrivent des histoires à lire à certaines occasions.

Le reste de leur vie raconte l’histoire entre autre d’une assistante de vie et d’un thanatopracteur, un monsieur qui embaume les morts. Profession, s’il en est singulière que l’auteur va magnifier et détailler au fil de son intrigue à travers un personnage profondément attachant.

Didierlaurent écrit de ces livres qui font du bien, qui transforment un dimanche pluvieux en rayon de soleil, une soirée déprimante en dîner aux chandelles.

C’est plein de bonheurs simples, de petites attentions, d’intrigues touchantes. Les personnages à la fois riches et profondément normaux, naïfs et réellement matures, ils peuplent un roman d’une douceur rare.

Un vrai bonheur de lecture à garder dans sa bibliothèque juste pour se faire du bien, ou pour quand on en a besoin.

Ville rose sang, Stéphane Furlan


 

Stéphane Furlan nous propose un polar au rythme soutenu, aux rebondissements multiples, il joue à semer le trouble et à malmener ses personnages. Au fur et à mesure de la lecture, quand on regarde le nombre de pages qu’il nous reste à parcourir, on se demande ce qu’il va bien pouvoir trouver pour nous emmener encore plus loin …

Je me suis laissée happer par cette histoire … L’histoire d’un triple meurtre et d’un suicide qui n’en est pas un, c’est l’histoire d’un doute qui germe dans l’esprit d’un lieutenant de police déterminé, qui ne lâche pas le morceau. Ce protagoniste m’a plu, j’ai aimé ses forces mais aussi ses faiblesses, sa fragilité d’être humain. Furlan nous présente un homme qui se trompe, qui tombe, qui hésite, qui échoue mais qui se relève toujours, cela ne le rend finalement que plus crédible et attachant. Sa relation avec son coéquipier que tout oppose est enrichissante et donne de l’épaisseur à la narration.

Aussi, le point de vue interne employé tout au long de l’ouvrage accentue ces impressions et nous permet véritablement, en tant que lecteur, de pouvoir partager les pensées et les sentiments intimes de ce personnage sympathique, même si parfois on sent que l’auteur use de subterfuges narratifs pour pouvoir maintenir ce point de vue quel que soit la situation de son protagoniste … Cependant, rien n’est maladroit, on reste pris par l’histoire.

Le rythme proposé est juste, Furlan prend le temps de poser son intrigue, de dérouler le cheminement de pensée de ses personnages, leurs sentiments, les dialogues sont efficaces et bien construits. La lecture en est aisée et l’histoire on ne peut plus solide.

Pour finir, le cadre de l’intrigue se déroulant entre Toulouse et Lavaur a fini de me convaincre, j’ai rarement eu l’impression d’être à ce point chez moi dans un roman …

Quand la lecture n’est que plaisir, c’est là qu’elle est la meilleure.
 

Implantés, Stéphane Furlan

Les Geeks domineront-ils un jour le monde ? Le véritable pouvoir ne réside-t-il pas aujourd’hui dans la maîtrise des nouvelles technologies et dans l’utilisation à bon ou mauvais escient que l’on en fait ? 

J’apprécie beaucoup la littérature dystopique, faite de ces oeuvres qui s’inspirent de notre société pour mieux nous donner à voir ses dérives.

En choisissant cet ouvrage parmi les – toujours trop géniales – suggestions de mon libraire, je ne m’attendais pas à première vue à lire un polar. Il s’agit d’un genre que je ne pratique pas trop … Néanmoins, le rythme hyper soutenu, les rebondissements efficaces, les complots, la cruauté parfois de certains personnages provoquent une telle félicité à la lecture que l’on ne peut lâcher ce livre palpitant.

C’est l’histoire de notre société aux mains d’un pouvoir despotique. La population est soumise à des règles liberticides, certains tentent de résister, d’autres se font piéger, enfermer, tuer, les dérives des nouvelles technologies sont poussées à l’extrême …

L’intrigue est menée avec entrain et efficacité. Le domaine du jeu vidéo est très présent, ce qui – je pense – peut dérouter un lecteur qui n’y est pas familiarisé ou qui n’y est pas initié du tout. Néanmoins, il n’y a pas de quoi non plus rebuter les plus récalcitrants, le reste de l’intrigue est suffisamment conséquent pour y trouver de quoi se rattacher à l’histoire.

J’ai par ailleurs particulièrement aimé me promener dans les rues de Toulouse par l’intermédiaire des protagonistes du livre. Ceux-ci sont crédibles et attachants, j’ai eu une tendresse particulière pour Mokrane qui, sous ses airs de brute épaisse au premier abord va finalement se révéler être fort sympathique.

L’auteur propose à bien des égards – et c’est sans doute ce qui m’a le plus séduit – un texte engagé. Il aborde l’homosexualité, dénonce la corruption, le despotisme, la surveillance incessante de la population, la peine de mort …

Stéphane Furlan nous propose plus qu’un polar, il offre un roman complet, teinté de science-fiction haletant et agréable à lire qui divertit mais qui invite surtout à la réflexion et au questionnement …

“Le pouvoir repose sur la terreur qu’il inspire.”

Monsieur a la migraine, Valérie Cohen

Ce livre renferme le portrait de quatre femmes à la recherche d’un équilibre dans leur vie intime entre sexualité épanouie et sentiments sincères. Ne pensez pas qu’il s’agit là d’un galimatias de plaintes de bonnes femmes capricieuses et insatisfaites, non pas du tout, c’est l’histoire d’un groupe d’êtres humains situés à une période charnière de leur vie, comme cela peut arriver à tout le monde, où il convient de continuer d’exister pour ne pas s’oublier.

Les personnages se confrontent beaucoup à l’image qu’ils renvoient d’eux mêmes mais surtout à ce que la société leur impose d’être : ces femmes mènent de front leurs vies professionnelles, maternelles, personnelles, sexuelles tout en se devant d’être soignées, souriantes et disponibles et en cela je trouve que Monsieur a la migraine est féministe. Pas forcément profondément engagé mais féministe dans le sens où Valérie Cohen nous propose des portraits de femmes qui s’assument, qui prennent leur vie en main et font face à leurs difficultés avec courage et volonté en tentant de se détacher des pressions sociétales.

Le style proposé par l’auteur est soigné tout en restant accessible. La métaphore est employée à très bon escient et sert le texte avec efficacité. La lecture est aisée et agréable.

Cet ouvrage interroge aussi la place de la parole, les femmes que l’on suit vont devoir parler, se dévoiler, faire part de leurs faiblesses, elles vont devoir assumer face aux autres leurs envies, leurs désirs et l’auteur soulève là une question non négligeable : peut-on en tant que femme assumer d’avoir envie d’une vie intime époustouflante, ébouriffante, jouissive sans passer pour une S*** !? Ce livre a le mérite de poser la question sans la rendre taboue ou vulgaire et c’est sans doute ce qui fait sa plus grande force.

J’ai trouvé Monsieur a la migraine assez engagé, en tout cas plus qu’il n’en a l’air au premier abord, il offre plusieurs degrés de lecture et soulève des questions qui méritent qu’on s’y attarde … Pour moi, c’est une découverte singulière.

 

Ma sœur est une sorcière, Diana Wynne Jones

J’ai relu Ma sœur est une sorcière dans l’édition de mes 9 ans que j’ai pris soin de garder toutes ces années. Cette histoire m’a rendue quelque peut nostalgique de cette époque ; les illustrations de Georges Lemoine surtout qui me semblent tellement familières m’ont rappelé bien des souvenirs !

Je n’ai cependant pas ressenti de coup de cœur pour cette histoire que j’ai trouvée très prenante au début mais qui m’a semblé bien vite saugrenue et je crains devoir en dévoiler partiellement l’intrigue pour pouvoir pleinement vous faire part de mon avis.

/SpoilAlert/

J’ai trouvé le personnage de Gwendoline très – trop – orgueilleux. Honnêtement, elle est détestable. D’habitude, j’aime détester les personnages, mais elle, elle m’a vraiment profondément agacée, j’ai trouvé sa méchanceté gratuite et uniquement guidée par un ego vraiment exacerbé pour être crédible. Son frère Chat, à côté, m’a paru quant à lui des plus soumis et donc des plus irritant. Comme le dit Chrestomanci à un moment, il ne fait rien et c’est bien ça le problème.

Bref, ce duo ne m’a pas portée. Et aucun autre n’est vraiment venu sauver cette impression que j’ai eu tout au long de l’ouvrage. Je ne suis pas parvenue à m’attacher à qui que ce soit.

A cela, s’est ajouté une intrigue étrange où l’échange entre Gwendoline et Janet a fini de me “casser les pattes”, j’ai eu du mal à saisir où l’auteur voulait en venir, où elle allait mener son histoire. Quant à la fin … je l’ai vraiment trouvée “fouillis” à la limite de la cohérence parfois … J’ai vraiment eu cette impression d’un auteur qui ne savait pas comment conclure et qui par conséquent enchaînait les bizarreries : je n’ai pas cru une seule seconde aux justifications de Chrestomanci qui attendait de Chat qu’il s’exprime, j’ai trouvé l’explication des échanges de jeunes filles farfelue, les personnages auxquels je n’avais pas réussi à m’attacher ne se sont définitivement pas rattrapés dans les dernières pages …

Bon, un ouvrage très loin d’être un coup de cœur, néanmoins, il aura su me dépayser quelques soirs et je préfère à la rigueur en garder ce souvenir positif là … J’ai l’intention de garder mon vieil exemplaire cependant, peut-être un jour pourra-t-il davantage plaire à mes enfants … ! 😉

 

Mauvaise graine, Orianne Charpentier

Il y a des auteurs comme ça qui parviennent à retranscrire des émotions tellement véritables et justes qu’ils vous mettent le cœur en vrac en quelques pages.

Attention, ce livre peut vous confronter à l’adolescence, à votre adolescence et aux difficultés que l’on y rencontre. Orianne Charpentier parvient, à l’aide d’un point de vue interne terriblement efficace, à nous faire ressentir toute la difficulté et toute la douleur de pouvoir ou non parler et le poids insoutenable de ce silence assassin, qui détruit à petit feu, de l’intérieur. Elle traite de la culpabilité de ne pas parvenir à échanger, toute la culpabilité d’y arriver aussi …

Jeremy ne se sent pas bien dans sa vie, il grandit dans l’ombre d’une grande sœur qui réussit et souffre de se sentir nul. Il a sans arrêt l’impression de décevoir ses parents et ne parvient pas à soutenir leurs regards. L’intrigue proposée par l’auteure semble d’une simplicité déconcertante, elle use cependant d’un style – véritable machine à transmettre les émotions – profondément efficient tout en métaphores, réflexions presque philosophiques et poésie. Le rythme, plutôt lent est définitivement au service de l’histoire qui n’a plus qu’à faire son travail émotionnel et affectif. Jeremy, sous la plume, est la fois sage, très mature et profondément touchant ; j’ai trouvé le texte superbe.

“Et j’ai appris la vieille malédiction des hommes : cette incapacité que nous avons à dire simplement qui nous sommes.”

La littérature de jeunesse n’est définitivement pas un sous-genre, non, non et non ! Souvent, elle touche, elle sonde, elle frappe, elle émeut, elle fait raisonner, elle fait vibrer. J’ai eu l’occasion de rencontre Orianne Charpentier sur un salon, j’espère la revoir un jour pour lui parler de son livre et lui dire à quel point on s’est imprégnés lui et moi …

Une très très belle lecture ! Un véritable coup de cœur !

Micromégas, l'Ingénu, Voltaire.

Lire Voltaire et se dire que rien n’a changé …

François-Marie Arouet nous propose deux contes philosophiques d’une étonnante modernité. Les histoires semblent très puériles au premier abord mettant en scène des personnages simples voire simplets qui se confrontent à la vie avec naïveté … Voltaire fait justement de l’Ingénu un personnage sans éducation et le rend ainsi dépourvu de préjugés, dépourvu d’idées préconçues, c’est assez habile car cela permet à l’auteur d’en faire, d’en construire exactement ce qu’il veut égratignant sans doute au passage les maladresses de l’éducation.

Nous avons donc affaire à des personnages objectifs ou en tout cas qui tendent à l’être et qui prennent les événements avec beaucoup de philosophie. Voltaire nous sert donc ses réflexions à travers une intrigue originale et des personnages singuliers.

Je trouve ces textes très contemporains car ils abordent des sujets universels qui fondent les sociétés dans lesquelles nous vivons tous : l’éducation, la religion, la guerre, la justice en nous les faisant voir à travers un point de vue forcément enrichissant. J’ai trouvé l’Ingénu touchant dans son interprétation de l’ancien testament dont il compare le contenu aux coutumes imposées par la religion. Voltaire se permet là un regard critique entre le texte sur lequel s’appuie les hommes et ce que la société en fait. C’est très audacieux.

J’ai été aussi particulièrement touchée par le destin de la belle Saint-Yves qui cède aux avances d’un homme pour libérer celui qu’elle aime et qui en meurt de culpabilité. Elle représente dans toute sa sagesse et sa vertu l’ensemble des femmes responsables, condamnées à avoir un corps susceptible d’être au service des volontés viriles ; outil, instrument, accessoire de tous les fantasmes et de toutes les convoitises …

Cet ouvrage dresse un réel constat de ce qu’est la nature humaine pour Voltaire et ses contemporains du XVIII. Je ne peux qu’observer malheureusement qu’il fait encore terriblement écho à ce que nous vivons de nos jours et que nous ne sommes pas bien différents du portrait qu’il nous est fait. Et c’est là toute la force de ces textes qui sont désormais des classiques, c’est qu’ils continuent de faire réfléchir l’Humain sur sa condition. Ça bouscule, ça exaspère, ça indigne aussi …

Le comte de Monte-Cristo, A. Dumas, Cie des Âmes Libres.


Juste trois comédiens, une multitude de personnages … du dynamisme et de la justesse.
Je suis sortie au théâtre hier soir et c’était bien !

Trois comédiens peuplent une scène vide et incarnent à merveille la multiplicité de personnages qui font ce roman magistral d’Alexandre Dumas. Comme j’ai aimé retrouver cette émotion de l’évasion d’Edmond Dantès, sa rencontre avec Faria, la sagesse de ce dernier, la vengeance du comte, comme j’ai aimé me replonger dans ce roman remarquable juste deux heures … Tout est admirablement bien suggéré avec des mimes, des gestes précis et concis, des costumes simples mais explicites.

J’ai été impressionnée par la capacité des comédiens à incarner cette diversité de personnages sans que l’on soit – en tant spectateur – perdu le moins du monde … Le charisme, le talent envahit une scène complètement démeublée mais pleinement vivante.

Trois comédiens, accompagnés d’un quatrième subtil mais essentiel : l’éclairage. Celui-ci finement utilisé avec précision et pertinence, termine de magnifier le tableau proposé par cette troupe bourrée de talent !

Un grand moment de littérature, assurément !
 

Médecin de campagne, Louis Tamain

C’est un bien joli livre que je viens de terminer là.

Louis est médecin dans la campagne périgourdine après la seconde guerre mondiale. Il soigne, il accouche, il opère, il exerce tout le temps, sans arrêt avec ferveur et attention très tôt le matin jusqu’à très tard le soir, il ne s’arrête jamais au détriment de sa vie de famille. On ne peut qu’être en admiration face à la tâche de cet homme au “Grand Métier”.

Le ton employé par l’auteur est souvent amusant, détaché, souriant mais aussi très émouvant quand il parvient au terme d’un accouchement difficile ou qu’il évoque le décès d’un confrère.

Il s’agit là d’un témoignage précieux et riche de l’exercice de la médecine sans sécurité sociale, sans maternité, sans hôpitaux ni maison de santé ou alors très éloignés, c’est édifiant et très instructif.

On constate le chemin social parcouru et la chance que l’on a de pouvoir aujourd’hui être soignés avec efficacité et à moindre coût même au beau milieu du Tarn, et à quel point surtout il convient de prendre soin de ce système.

Une lecture estivale bien agréable et savoureuse qui permettra sans doute à nous tous de relativiser nos heures d’attente chez le médecin en pleine épidémie de gastro à la rentrée …

Les compères, Didier Cornaille


 

Que de poésie dans l’ouvrage de Didier Cornaille ! L’auteur nous expose au fil des pages avec tendresse et douceur sa complicité avec ses animaux.

Le style employé est souriant et presque enjoué ce qui rend la lecture agréable. Didier Cornaille explique avec candeur ce que nous ressentons tous, nous, propriétaires d’animaux domestiques : les tours qu’ils nous jouent, les surprises qu’ils nous font … Le tout est sympathique et chaleureux.

J’ai apprécié me promener avec l’auteur, randonner à ses côtés et aux côtés de ses bêtes plus attachantes les unes que les autres.

Ce livre est à apprécier au bord de la piscine en cette saison estivale ou en salle d’attente de vétérinaire en attendant la consultation de votre petit protégé 🙂

Ne crie jamais Victoire, Agnès Boucher

Agnès boucher écrit comme Michel Bussi – et c’est un compliment – elle pose son décor, elle prend le temps de construire ses personnages, elle mène son intrigue assez lentement sans que cela soit frustrant, tout est savamment bien dosé.
Les personnages m’ont plu, leur ambiguïté aussi, je les ai trouvés riches et singuliers, et donc attachants.
Je n’ai pas l’habitude de lire de polar, ce n’est pas mon genre de prédilection, ceci dit, je suis toujours fascinée par la façon dont les auteurs parviennent à nous surprendre et là, j’ai été surprise. On ne s’attend pas à ce dénouement et c’est bon !

Agnès Boucher use d’un style efficace et de qualité. Le vocabulaire est riche et soigné. Elle n’hésite pas non plus, parfois, à lancer quelques traits assez frappants : “Ce siècle fou de jeunisme a beau prétendre le contraire,chacun ira pourrir sous terre, lifté ou pas.”

“Je hais la paix, elle ressemble trop à la mort.”

“Les gens adorent sortir des horreurs sur les autres. Ça évite qu’on en dise trop sur leur propre compte.”
Une lecture bien agréable à découvrir en cette période estivale !

Les petites graines … Françoise Seigneur


 

Françoise Seigneur dénonce les défauts humains dans des petits contes qui veulent inciter à réfléchir, à se questionner. Lisant très régulièrement de la littérature de jeunesse, je suis assez friande de ces récits réflexifs.

L’auteur fait régulièrement parler des animaux ou des légumes et en profite pour nous faire passer des messages que j’ai souvent malheureusement trouvés moralisateurs (pourtant j’aime beaucoup les fables !) : manger les animaux, c’est mal ; polluer, c’est pas bien. « Maman est végétalienne, elle aime trop les animaux pour les manger », regardez comme elle a raison ! La nature est vivante, il faut la protéger contre les humains super méchants. J’ai l’impression que l’auteur, par l’intermédiaire de ce qu’elle nous raconte cherche à nous faire réfléchir – certes – mais réussit surtout à nous culpabiliser.

Alors, attention ! Je suis d’accord ! N’allez pas comprendre ce que je n’ai pas écrit ! Manger des animaux c’est pas bien et polluer non plus ! Et je ne trouve pas ça idiot du tout de serrer un arbre dans ses bras ! Et je suis par ailleurs profondément convaincue que la différence est une intarissable source de richesse et que l’on a encore énormément de progrès à faire dans la protection de l’environnement. Qui n’est pas d’accord avec ça ? La seule chose que je relève ici c’est la « leçon au lecteur » à peine subtile et franchement culpabilisante que l’auteur nous fait à chaque histoire et ça m’a profondément agacée.

Les personnages, avec beaucoup de naïveté, revendiquent leurs origines, assument leurs choix ou alors font preuve d’un orgueil démesuré ou d’une prétention farouche ou encore d’une intolérance à l’autre, face à d’autres qui à l’image d’enfants dans une cour d’école se chamaillent. Mais comme tout le monde arrive à progresser dans le meilleur des mondes et à une vitesse fulgurante, les histoires se finissent toujours bien : « Quand on est mauvais, le mal nous retombe toujours dessus », « Apprenons à nous aimer parce que nous avons tous quelque chose de beau en nous. » Les bons sont récompensés, les méchants sont punis ce qui rend l’ensemble très (trop ?) manichéen.

Les situations débordent pour la plupart de bons sentiments : « Offrons nos services » « Soyons gentils, aimables, souriants » « C’est trop bien d’être des gentils » C’est bien, c’est beau, mais j’ai trouvé ça tellement (trop ! ) candide, naïf et crédule surtout.

Les personnages (et les situations) sont très clichés. Les mamans cuisinent, font des bouquets de fleurs, s’occupent des enfants, prennent soin de leur intérieur et aiment ça pendant que les hommes lisent leur journal ou sortent à la fnac (ça, honnêtement, ça m’a fait bondir ! Surtout dans un ouvrage destiné aux enfants !! Défonce les préjugés sexistes après ça … :p). Tout le monde est heureux – tant mieux, une fois de plus, c’est bien, c’est beau – mais est-ce vraiment crédible ? J’ai trouvé ces tableaux trop idylliques et finalement très très mièvres.

Non, vraiment, ces petits contes ne sont pas parvenus à me toucher comme tant d’autres ouvrages de littérature de jeunesse, il m’aurait fallu davantage de hauteur, de maturité, de subtilité, de distance, même pour un livre destiné aux enfants.

A l'école des plus pauvres, Quentin de Veyrac


 

Voici un livre que j’étais contente de recevoir grâce à la masse critique Babelio. C’est exactement le type de livre que je lisais étant adolescente, des ouvrages qui mêlaient aventure, voyage, solitude parfois. Je lisais par exemple, Longue Marche de Bernard Ollivier ou encore Du vent dans les rêves d’Helen Mc Arthur en passant par Anapurna premier 8000 de Maurice Herzog et me replonger dans ce type d’ouvrage m’a rendue assez nostalgique.

Dans ce récit que nous propose Quentin de Veyrac, l’aspect religieux est très présent, je ne m’attendais pas à ça et quand on n’est pas trop sensible à la religion ça peut surprendre au début. Mais finalement ça n’est pas trop pesant. Malgré tout on se laisse porter par tout le reste, l’Aventure, les rencontres humaines, le cheminement du protagoniste, ses interrogations prennent toute la place de cet ouvrage que je me réjouissais beaucoup de retrouver le soir pour quelques pages.

Le chemin, la réflexion spirituelle de Quentin ne représente qu’une partie de l’ouvrage et pas des moindres… Il évoque la prière en la comparant parfois à de la méditation – ça, j’ai plutôt bien aimé – il parle de son cheminement vers Dieu et donc vers les autres, j’ai trouvé ça très intéressant aussi.

L’humour n’est pas en reste, on galère parfois avec ces trois jeunes gens, on sue avec eux entre bitume et soleil accablant, cet aspect de l’ouvrage est sans doute le plus séduisant. Dès les premières pages du récit on sent rapidement que l’on ne va pas s’ennuyer et effectivement, ça n’a pas du tout été le cas pour moi. A l’école des plus pauvres, entre bonheur, humanisme et solidarité …

Les tendres plaintes, Yoko Ogawa

C’est l’histoire de Ruriko qui, blessée par l’infidélité de son mari, décide de réfugier dans un chalet en pleine forêt. L’intrigue est épurée, les descriptions très riches, de la littérature japonaise dans toute sa splendeur.

J’avais déjà eu l’occasion de dire sur ce blog à quel la littérature japonaise m’intriguait par sa singularité. Yogo Ogawa raconte presque rien, le texte est poétique, simple mais à la fois très chatoyant.

L’histoire est à l’image de la couverture du livre, sensible. Les personnages peu nombreux prennent toute la place par leur élégance et leur modestie. Le titre de l’oeuvre lui même invite à la contemplation.

L’histoire ne fait cependant pas l’impasse sur d’autres moments plus durs, ou plus dérangeants, chaotiques parfois qui peuvent mettre mal à l’aise mais dans l’ensemble, ce roman nous invite à faire une pause. Je me suis surprise à envier Ruriko parfois, à pouvoir consacrer sa vie à rester simplement là, à rêver.

Les tendres plaintes, un livre gracieux.

Le combat d'hiver, Jean-Claude Moulevat

Jean-Claude Mourlevat nous propose un roman dur, froid, rigoureux.

Il fait évoluer ses personnages dans un univers hostile, dépourvu d’empathie et de morale. C’est apparemment une habitude car c’était déjà mon impression pour Terrienne que j’ai lu précédemment.

Mourlevat tente de faire réfléchir son lecteur en le faisant se confronter à des sociétés liberticides dans lesquelles ses personnages sont incités à résister pour survivre.

Et j’ai trouvé d’ailleurs que l’auteur n’était pas tendre avec ceux-ci. Il les fait souffrir, chercher, se rencontrer et surtout se perdre, c’est fort, c’est triste et c’est émouvant aussi.

L’intrigue en elle-même est soutenue, parfois très prenante, à de rares occasions un peu fouillie … L’auteur joue parfois à créer des coïncidences qui “artificialisent” un peu l’histoire mais comme l’ensemble est dans le fond plutôt bon, ça passe et on se laisse porter par l’aventure et l’émotion qu’elle procure.

Le style de l’auteur est simple mais très efficace, la lecture en est fluidifiée et facilitée ; je conseillerais cependant cet ouvrage aux collégiens plutôt bons lecteurs.

Le lac, Yana Vagner

J’avais lu avec beaucoup de plaisir le premier tome de cette histoire: Vongozero il y a quelques temps. J’avais beaucoup aimé !

J’attendais la suite avec impatience. J’avais hâte de savoir comment cette petite tribu de personnages allait s’organiser pour survivre loin de tout, dans une des régions les plus hostiles du monde. Ça tient en haleine comme il faut, c’est très prenant, je n’ai pas été déçue sur l’ensemble de l’ouvrage.

Le tout est bien mené et crédible. L’auteur prend le temps de détailler la psychologie de ses personnages, aucun n’est complètement bon ou complètement mauvais (enfin, si, un …) chacun tente de survivre et de supporter l’autre et parfois craque ou meurt … L’ensemble est très “mental” finalement.

J’émets quelques réserves cependant sur la fin notamment que je trouve un peu longuement construite et presque décevante mais malgré tout crédible et c’est là l’essentiel. L’autre petit point de discorde c’est le style de Yana Vagner que je trouve agréable et efficace mais elle joue – elle aussi – à parfois faire des sous-entendus pour ne pas tout dire ; par conséquent, en tant que lecteur le sens ne nous parvient pas aisément, c’est assez pénible. Enfin, même si ce deuxième ouvrage se lit très bien, on ne retrouve pas le rythme trépidant du tout premier tome, sans doute parce que là, les personnages sont statiques et non en fuite … L’ensemble est donc plus posé.

Pour finir, Vongozero suivi de Le lac sont des ouvrages qui devraient efficacement venir vous voler quelques heures de sommeil … ! Essayez …:)

Un secret, Philippe Grimbert

J’aime mon métier pour ça, parce qu’il me permet très souvent de me plonger dans des histoires profondes, intéressantes qui me chamboulent.

Philippe s’imagine pendant longtemps avoir un frère, plus beau, plus fort que lui. Puis, un jour il comprend qu’il en a véritablement eu un. C’est un livre sur l’histoire d’une vie, les secrets qu’elle renferme et sur l’Histoire aussi, celle qui tue, qui déporte, qui assassine …

Dans un style simple mais élégant Philippe nous donne à voir sa vie, souvent douloureuse, incomplète. Il nous raconte son manque de confiance en lui puis son chemin vers l’adulte accompli qu’il va devenir. Il nous offre un récit émouvant, touchant et plein de vie.

Le tout est habile et bien structuré, les points de vue se succèdent avec efficacité, l’auteur passe du “je” au “il” et nous montre sa vie, la vie de ses proches qui a finalement conçu la sienne. Qui sont ces parents qui se sont aimés ? Avaient-ils le droit de le faire ? C’est à la fois pertinent et agréable à lire.

Un livre à se susurrer comme une confidence.

La vague, Todd Strasser

J’aime quand un livre me gifle. J’aime quand il me reste dans la tête et dans le cœur de longues heures après en avoir terminé la lecture. J’aime quand il me fait réfléchir. J’aime être bousculée, j’aime parfois finir un chapitre, poser l’ouvrage et lâcher un long “pô pô pô” ou “Oh là là là” ou encore “aïe aïe aïe”. J’ai beaucoup aimé la vague de Todd Strasser.

Ça se lit à toute vitesse, c’est rapide – peut-être un peu trop – l’auteur aurait pu davantage prendre le temps de développer son intrigue, la mise en place de son mouvement et son incidence sur les esprits de ses personnages.

En tant qu’enseignante je n’ai pu m’empêcher de m’identifier à Ben Ross, à son souhait de faire réfléchir ses élèves, de les faire se lever contre l’une des pires barbaries de l’Histoire et finalement se faire dépasser. Je comprends qu’il puisse apprécier l’autorité qu’il a soudainement sur sa classe. Oui, c’est enivrant mais est-ce vraiment moral ? L’une des premières choses que l’on nous lance en cours de “tenue de classe” c’est de ne pas confondre autorité et autoritarisme. Je pense sincèrement que Ross est quelqu’un de bon qui cherche réellement le bien mais qui génère, sans le vouloir, le mal.

Les élèves m’ont plu également, la maturité des uns, les interrogations des autres, la place des parents aussi … Chaque lecteur peut s’identifier et donc s’interroger, ça rend la lecture passionnante.

On constate au terme de cette lecture que l’effet, la force d’un groupe quelques soient ses objectifs n’est pas anodin et peut – si on n’y prend pas garde – devenir incontrôlable. A surtout ne pas négliger dans les années à venir …

Ce livre lu d’une traite m’a tenue en haleine de bout en bout, ouvrez-le, ça déstabilise et c’est bon !

“S’il arrivait à “déprogrammer” la Vague de l’esprit des lycéens, combien de temps leur faudrait-il pour rendre de nouveau des devoirs négligés ? Il sourit. Était-ce là le prix de la liberté ?”

Bluebird, Tristan Koëgel

Une couverture superbe, une histoire … historique sur fond de ségrégation et d’esclavagisme, une intrigue profondément américaine, musicale, vibrante, des personnages attachants, courageux. Bluebird est un très beau livre.

Seulement voilà, je n’ai pas été emmenée ni bousculée comme avec la biographie de George Dowson Life is so good qui traite un peu du même sujet et qui  a été pour moi un réel coup de cœur :

J’avais profondément conscience tout au long de ma lecture que j’étais face à quelque chose qui se voulait être beau, à une histoire qui prétendait être passionnante mais il m’a manqué comme un peu de magie, un peu d’engagement, de rebondissement pour être pleinement envoûtée. Peut-être que Tristan Koëgel propose une intrigue trop “belle” justement pour être vraie ou crédible. C’est sans doute ça, il m’a manqué de la crédibilité …

J’ai apprécié cependant cette référence perpétuelle à la musique et pas des moindres : le blues. Cet ouvrage nous donne à voir sa naissance dans les plantations de coton, son voyage à travers le monde et son immortalité, elle résonne encore aujourd’hui en nous faisant rire et pleurer à la fois. Le blues, ça vous met de la chaleur dans une pièce sans chauffage.

J’ai apprécié la volonté des jeunes blancs à vouloir considérer les jeunes noirs comme des êtres humains à part entière contre l’avis d’une grande majorité de la population. Cet engagement là est bien traité par l’auteur. Rien que pour ça le livre mérite d’être lu. Mais justement … Est-ce vraiment crédible ?

Malgré tout, en faisant l’impasse sur ces malheureuses impressions, Bluebird est une très jolie histoire aux références riches et à l’intrigue singulière qui saura sans aucun doute ravir les jeunes lecteurs.