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A deux lignes

 

Littérature contemporaine et jeunesse

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On purge bébé, Feydeau

Je ressens toujours un peu comme un sentiment de frustration quand je lis du théâtre, comme s’il manquait quelque chose d’essentiel. On imagine les personnages jouer, bouger, dire mais il manque la scène.

On purge bébé est une de ces pièces qu’il faut voir jouer. C’est vif, cinglant, drôle voire profondément burlesque et déjanté. 

Les situations semblent inextricables, l’auteur prend un malin plaisir à faire revenir ses personnages, les faire répéter, les faire enrager au cours de discussions interminables à l’issue illusoire. 

On jubile de voir ces situations se prolonger au fil des pages, où un simple objet devient un ressort comique inusable. L’intrigue, des plus modeste en fin de compte, n’est qu’un support à la drôlerie.

Les didascalies sont d’une richesse rare et participe pleinement au comique de situation qui peuple continuellement la pièce. Les gestes des personnages ne font que soutenir un texte dynamique et efficace. 

Feydeau propose une pièce profondément divertissante à se réserver les soirs de pluie et de déprime passagère, pour un moment de lecture très distrayant et foncièrement ludique. 

 

La vie à reculons, Gudule

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Une écriture légère et évidente

Gudule nous propose un roman qui – au premier abord – peut sembler fragile de part la langue employée par l’auteur ; en effet celle-ci semble manquer d’audace et reprend les codes du langage oral alternant cependant parfois avec de très belles métaphores. Comme il s’agit ici d’un livre qui s’adresse à des adolescents, ce petit désagrément ressenti dès les premières pages par un bibliophile chevronné ne pourra que permettre aux lecteurs un peu réticents de rentrer dans le texte.

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La mort du roi Tsongor, Laurent Gaudé

Prenant, percutant, dérangeant …

Des hommes belliqueux

Laurent Gaudé nous propose un ouvrage violent qui traite de la chute d’un monde vivant et prospère. C’est l’histoire d’une guerre interminable dans laquelle les hommes (et les femmes !) se battent pour garder, défendre ou obtenir.

Ce récit imaginaire et original s’inspire d’un monde pas si lointain du nôtre, de ses folies, de ses dérives. Pourquoi est-ce qu’on se bat ? Parce qu’on souhaite avoir, posséder, gagner parce qu’on est convaincu d’avoir raison ? Parce qu’on a peur d’avoir tort … Ne serait-ce pas par orgueil finalement ?

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La petite lumière, Antonio Moresco

J’ai pris ce livre au hasard à la librairie, enfin … pas tout à fait, un petit papier de couleur indiquait au lecteur qu’il s’agissait là d’un écrit singulier et que le libraire était curieux d’avoir l’avis de ses clients. Il s’agit en effet d’un roman surprenant dans lequel les descriptions plus poétiques les unes que les autres sont mises à l’honneur, c’est écrit avec beaucoup de délicatesse. J’ai été frappé par les détails que prend soin d’exposer l’auteur, il s’attarde longuement sur les arbres, le ciel, les étoiles les donnant à voir avec précision et envoûtement :

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La religieuse, Denis Diderot

Cet auteur nous propose de faire la connaissance de Suzanne Simonin enfermée de force dans un couvent. Elle va alors écrire ses “mémoires”, elle va détailler les brimades, les quolibets, les humiliations mais aussi les histoires … d’amour vécues dans les différentes maisons religieuses qu’elle va fréquenter.

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Eldorado, Laurent Gaudé

Vous en avez assez d’entendre les réflexions racistes de votre collègue de travail ? Offrez lui ce livre ! Laurent Gaudé y évoque les tragédies humaines qui se déroulent au large de Lampedusa au milieu des flots voraces. L’auteur nous propose un roman humain, profondément et terriblement humain, à la fois touchant, bouleversant et très émouvant.

Laurent Gaudé nous parle de la vie, celle pour laquelle on se bat, celle que l’on souhaite vivre, celle à côté de laquelle on passe … Et c’est finalement là une leçon qu’il nous adresse à travers ses personnages sans cesse poussés à bout dans leurs consciences, dans leurs choix.

Qu’est ce qui pourrait nous pousser à tout quitter ? Qu’est ce qui pourrait nous pousser à laisser derrière soi les personnes que l’on aime le plus au monde ? Qu’est ce qui pourrait nous pousser à commettre l’irréparable ? L’espoir. Juste l’espoir. Celui d’un avenir meilleur, plus juste, moins violent. Et soudain, de relativiser sur nos vies à nous, bien au chaud à lire sous la couette en compagnie de cette famille que l’on aime. On prend conscience alors de l’inestimable chance que l’on a de vivre en paix, de ne pas avoir à fuir et j’espère de tout cœur ne jamais avoir à perdre mon enfant déshydraté au milieu de la Méditerranée, ou piétiné sous la cavalcade de policiers entre deux lignes de barbelées.

Laurent Gaudé nous propose un livre fort, puissant, qui bouscule les certitudes et incite à réfléchir, à changer de regard. Une lecture magistrale !      ]]>

#MaVieDeProf "à 18 h" …

Petit topo, c’est parti ! Lundi, Une matinée de 4h de cours d’affilée. Demandez à Gad Elmaleh ou Dany Boon de faire 4h de scène en continue face à public qui n’a pas envie d’être là, petit aperçu ici, c’est cadeau. 12h. Vous discutez avec Pauline, Annabelle et Victor qui vous demandent des suggestions de lecture pour un concours auquel ils participent en histoire + remplir votre ENT – 30 minutes. 12h30. Repas + café. 13h30. 2h de correction : rédaction des 6è 15h30. Rentrer les notes dans Pronote. Si rien ne plante … 15h40. Café. Vous croisez le PP des 6è2 avec lequel vous parlez de Sacha qui ne va pas bien en ce moment. Vous faites le point sur vos disponibilités pour organiser un rendez-vous avec les parents. 16h00. Mise au point de la séquence des 3è en cours. C’est du réchauffé de l’année dernière mais des améliorations sont toujours les bienvenues … 16h30. Vous filez au CDI pour voir la “doc” et faire le point sur la mise en place de l’exposition des poèmes des 5è dans le cadre de l’EPI “L’écriture en liberté.” 16h45. Vous anticipez les photocopies des cours à venir. 17h. Crèche. 20h15. La “doc” vous a filé tout à l’heure – à votre demande – un ouvrage qu’elle vient de recevoir et qui pourrait compléter votre nouvelle séquence sur la SF – avec laquelle vous n’êtes pas très à l’aise – (nouveaux programmes) : lecture, recoupement, prises de notes, élaboration d’une évaluation de lecture cursive.

 

Mardi. 8h. Cours. 2h avec les 3è, ils sont chauds, mais à 8h, ils sont plus calmes (normalement) : petite évaluation + cours … 10h. Café. le PP des 6è 2 vous propose de voir la maman de Sacha jeudi à 17h. C’est noté. Votre principal vient vous voir pour vous dire qu’il a bien reçu le rapport qui concerne Enzo en 3è2 et qu’il s’apprête à convoquer les parents. Il vous demande aussi si vous acceptez de déplacer un cours la semaine prochaine … Consultation des emplois du temps, discussions. 10h30. Correction du contrôle de grammaire du matin (les corrections, j’aime pas quand ça traîne) 12h. Repas. 13h. Echanges, discussions avec les collègues sur la vie de l’établissement. 14h. Vous feuilletez quelques manuels, vous consulter internet à la recherche de textes contemporains afin de compléter une de vos prochaines séquences sur le théâtre. Vous tombez sur une captation que vous trouvez formidable, vous décidez de sélectionner quelques extraits à projeter en classe. 16h. Remplir ENT. 16h15. La collègue d’histoire vous a mis dans le casier les textes à partir desquels elle souhaite travailler dans le cadre de l’EPI “L’écriture en liberté”. Vous avez rendez-vous chez le pédiatre pour votre 2è, vous filez. 20h15, Vous consultez les textes de la collègue.

 

Mercredi 8h. De nouveau 4h d’affilée. Eval en grammaire des 5è (2è paquet de copies de la semaine). 12h, ENT, mail du PP de 6è2 qui demande un petit topo sur tel et tel élève. Il vous annonce aussi que Martin est dyslexique, le diagnostic arrive un peu tard (rien de surprenant) cependant il “compense” bien, il faudra désormais adapter quelques-unes de ses évaluations (adaptation à anticiper sur le temps des préparations à venir et votre disponibilité en classe) 12h15. Repas + café. 13h15. Terminer l’élaboration de l’évaluation de la lecture cursive entamée lundi. Vous ramez un peu, la classe est un peu faible, vous souhaitez être la plus juste possible pour aider au mieux vos élèves > vous envoyez un message à une collègue pour lui demander conseil. 14h. Révision des séquences en cours : séance 3 des 6è, séance 4 des 5è, séance 2 des 3è. Vous vous assurez d’être “blindée” dans votre contenu, vous savez que la moindre erreur est susceptible au mieux de créer un flottement de quelques minutes dans le déroulé de votre cours, au pire de mettre le feu à la classe + Élaboration d’un entrainement type au brevet + photocopies. 16h. Vie de famille.

 

Jeudi. Journée à “trous” 8h-10h puis 15h-17h. Ces deux dernières heures sont très difficiles, fin de journée, fin de semaine, vous appréhendez. 10h. Vous n’êtes pas satisfait de la tournure que prend votre séquence avec les 5è. Vous devez adapter. Le réchauffé des années précédentes n’a pas le même goût pour tous les élèves : révisions – améliorations. 11h. Vous déposez au secrétariat votre dossier de demande de congé formation que vous avez soigneusement monté le weekend dernier et qui dort depuis 3 jours dans votre sac. Vous rêvez de préparer l’agrégation avant que ce concours soit, lui aussi, réformé. Vous en profitez pour acheter quelques tickets de cantine. Vous croisez Anatole qui vous demande si c’est bien vendredi prochain le contrôle de lecture puis Alice qui vient encore de se faire sortir de cours. C’est une élève dont vous êtes le PP, vous l’accompagnez à la vie scolaire pour faire le point. 12h. Repas + café. 13h. Préparation de la prochaine séquence des 3è qui aura lieu dans 6 semaines, l’anticipation, c’est la clef ! Ça sauve quelques dimanches soirs … 15h. Cours. 2h. 17h. Rendez-vous avec la maman de Sacha, la situation est difficile à la maison, on n’est pas trop de deux collègues pour l’écouter. 20h15. Vous poursuivez la lecture cursive entamée lundi, éreintée, vous lisez deux fois les mêmes phrases pour les comprendre. Vous éteignez à 21h. Vous n’avez pas lavé par terre depuis 3 semaines.

 

Vendredi. 8h. Cours. 2h – Vous ramassez quelques travaux d’écriture pour correction. 10h. Salima vient vous prêter un livre qu’elle a bien aimé et qu’elle souhaite partager avec vous. Vous vous promettez de trouver un peu de temps ce weekend pour vous plonger dans cette lecture pendant la sieste des petits. Vous ramassez quelques journaux de lecteurs qu’il vous faudra corriger avant la semaine prochaine.

 

10h45. Vous croisez la collègue d’histoire, vous faites un point sur l’EPI en cours. Vous échangez quelques mots à propos d’Alice qui rencontre des difficultés pour se concentrer en classe. Vous rédigez un compte rendu au CPE pour un éventuel rendez-vous avec les parents. 12h. Repas + café. 13h. Cours. 2h. Évaluation des 5è. 15h. Corrections. Vous espérez secrètement terminer vos deux paquets avant le weekend … et avant l’entrainement type brevet de la semaine prochaine. 17h30. Vie de famille. 20h15. Vous avez reçu le 1 qui traite cette semaine de l’égalité des chances, vous lisez deux articles avant d’éteindre. Vous essuyez la réflexion de votre conjoint : “T’es déjà couchée ?”

 

Samedi. Vous aimeriez passer à la médiathèque pour voir l’exposition organisée en partenariat avec le collège. Vous essuyez une nouvelle réflexion de votre conjoint qui vous demande de déconnecter. Vous recevez une réponse à votre message de mercredi, la super collègue (qui a fait 10 ans en REP+) vous conseille des travaux d’écriture extrêmement pertinents pour évaluer la lecture cursive des 3è, vous tapez un polycopié – 1h30 + Lectures annexes 1h.

 

Cette année, affectée au lycée pour la première fois, vous pouvez multiplier les temps de correction par 2 (il y a cependant moins de devoirs, c’est vrai), quant aux temps de préparation, je n’ose pas compter … On ne lit pas Voltaire ou Montesquieu comme on lit Morpurgo, ça non … L’étude d’une oeuvre intégrale peut exiger des heures de travail …

 

Ce topo ne prend pas en compte les temps de bulletins, de conseil de classe, de réunions parents-profs, l’orientation des élèves de 3è, la préparation d’une éventuelle inspection ou d’une réforme à venir, la rédaction de rapports en cas d’incidents en classe et les temps de route !

 

Vacances scolaires : Vous décidez de laisser vos enfants à garder une semaine sur les deux. Pour pouvoir lire (Je suis prof de lettres après tout, quelle prof suis-je pour mes élèves si je n’ai pas des lectures régulières à leur proposer ? Quelle prof suis-je si je ne continue pas à entretenir cette culture littéraire qui constitue le socle, les fondations de mon métier ?) les “vacances” donc : consacrer 4 à 6h aux corrections (voire bien plus si on a ramassé 1 paquet par classe), 12h à élaborer les prochaines séquences (sur 3 niveaux parfois) qui s’appuieront sur des œuvres intégrales (qu’il me faudra lire au moins deux fois pour bien les maîtriser avant de faire face à la classe), 4h à des lectures et études personnelles. Puis faire le point sur la progression de l’année. Et se reposer aussi. Recharger son réservoir d’énergie vitale qui permettra de tenir face à nos classes de 30 toute la période à venir. Faire “redescendre” sa pression émotionnelle et nerveuse. Prendre soin de soi.

 

Dimanche. 17h, je rédige ce texte non pour me plaindre (surtout pas ! Qui pourrait se plaindre d’un métier qu’il aime passionnément ?) mais pour témoigner. Parce que cette semaine encore j’ai entendu toutes ces choses, à propos de ces profs, fainéants et privilégiés. Et j’en ai assez de me faire insulter.

 

Je ne compare pas mon métier à celui des autres. J’ai cependant beaucoup de respect pour les infirmières, les gendarmes, souvent méprisés eux aussi, les médecins qui ne comptent pas leurs heures, les chefs d’entreprise au SMIC pompés par le RSI, les smicards debout 35 h dans des usines bruyantes et froides, les kinés libéraux qui roulent dans le brouillard pour soulager mon bébé à 22h un samedi soir, les serveuses dans les restaurants, les fonctionnaires territoriaux qui m’accueillent avec le sourire à la mairie, le chômeur à qui on ne répond pas à sa quinzième lettre de motivation, le cheminot qui bosse le soir de Noël … L’ATSEM qui va accompagner pour la 4ème fois de la journée mon petit aux toilettes …

 

Je n’insulte le métier de personne, je demande donc à ce que l’on respecte le mien.

 

J’ai appris cette semaine que certains de mes élèves étaient restés jusqu’à 5 mois sans prof de maths, sans prof d’anglais au collège parce que nous n’avons plus assez de remplaçants … Nous faisons parfois face à des élèves fragilisés, à qui il manque des notions et des bases qu’il nous faut désormais compenser dans des classes de plus en plus chargées.

 

Ne vous méprenez pas, j’aime mon métier …!

Comment peut-on être français ? Chahdortt Djavann

 

 

 

Ce livre évoque les thèmes de l’identité, de l’intégration, des difficultés d’intégration, des difficultés d’apprendre le français, de l’oppression de la religion … Cet ouvrage qui se lit avec une facilité incontestable nous propose de faire connaissance de Roxane, jeune iranienne, fraîchement arrivée à Paris et qui va se heurter à son histoire personnelle, à la solitude, à ce “là-bas” tellement espéré qui est enfin devenu son “ici”.

 

 

 

Ce roman se distingue par sa singularité. A la fois roman traditionnel et épistolaire, parfois pamphlet, il mêle les genres et les registres nous proposant ainsi une lecture dense au rythme soutenu et ininterrompu. J’ai particulièrement apprécié cette double lecture : l’histoire de Roxane d’une part puis sa lecture des lettres persanes d’autre part. En s’adressant à Montesquieu, Djavann, par l’intermédiaire de son personnage, nous propose un point de vue vif, critique, parfois violent sur la culture iranienne, la religion, les mollahs.

 

 


(suite…)

Gros-Câlin, Romain Gary

 

Je suis un peu surprise de retrouver dans ce livre une histoire qui pourrait, en tous points ou presque, être racontée par Momo, le protagoniste de La vie devant soi. Gary propose la même prose parfois surprenante aux contre-sens nombreux, aux propos contradictoires et la syntaxe si particulière.

Si vous aimez les récits un peu perchés et absurdes, vous ne serez pas déçu. Le protagoniste raconte sa vie dans un monde qui ne lui semble pas adapté à moins que ça ne soit l’inverse. Il vit seul avec son python à qui il fait des câlins. C’est à la fois mignon, surprenant, complètement barré et franchement étrange.

“La tendresse a des secondes qui battent plus lentement que les autres.” Gros-Câlin est un roman sur la solitude, la solitude d’un original, d’un naïf parfois idiot. La solitude, celle qui fait tourner en rond, celle qui se fait poser des questions sur les petites choses, les buts et les objectifs de la vie … Gary nous propose, mine de rien, un écrit poétique.

On s’attache à ce personnage hors norme, à la fois mature et profondément puéril que l’on apprend à connaitre au fil des pages sans – ceci dit – jamais avoir réellement l’envie de s’en faire un ami. Attachant, touchant mais effrayant parfois.

 Si vous souhaitez découvrir Romain Gary, je vous propose de vous plonger dans La vie devant soi que j’ai trouvé tellement plus pertinent dans sa démarche, dans son engagement. Gary n’en reste pas moins un auteur singulier.

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Les lettres persanes, Montesquieu

J’aime les livres écrits au XVIII et qui font (et qui feront) toujours écho aujourd’hui (et dans les décennies à venir).

Les Lettres persanes est un roman épistolaire. Cette particularité attire déjà toute mon attention car elle met doublement à l’honneur l’Ecriture : celle du roman écrit par l’écrivain et celle des lettres rédigées par les personnages.

Ces lettres, correspondances intimes, mettent en place comme une double énonciation, Rica parle à Usbek – et inversement – mais s’adresse également au lecteur. Montesquieu nous donne à lire ses pensées par la main des personnages qu’il créé. Et en tant que lectrice, je ne peux m’empêcher de tenir comme une place d’indiscrète, de voyeuse, d’espionne plongée au cœur d’intrigues, d’histoires confidentielles.

Montesquieu critique entre autre la religion, le despotisme, le patriarcat, le pouvoir des “princes” subtilement instillés dans une argumentation indirecte lettre après lettre, échappant ainsi à la censure de l’époque … Les Lettres persanes est à la fois un roman philosophique, éloquent, narratif qui prend position, qui parle d’amour, qui raconte une histoire.

Dans cet ouvrage, le voyage est un prétexte à l’apprentissage, à l’analyse, à l’interrogation. Les personnages sont confrontés à des mœurs différentes des leurs, on partage leurs points de vue (ou pas). On s’imagine les voir changer, évoluer page après page, se perdre aussi … jusqu’à la toute fin profondément romanesque voire tragique.

La langue du XVIII n’est pas toujours facile d’accès, mais propose une lecture singulière, enrichissante et surprenante à plus d’un titre. J’ai été particulièrement surprise justement par les ultimes décisions d’Usbek qui, certes brillant, ne semble pas pleinement apprendre de ce qu’il constate. Et c’est sans doute là l’ultime leçon de Montesquieu au terme de cette lecture : il n’est pas si évident d’intégrer et d’appliquer avec rigueur ce que l’on observe et analyse avec talent.

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La Bête humaine, Zola

Je ne lis pas beaucoup Zola. J’ai toujours l’impression que pour aborder cet auteur il faut être armé d’un moral d’acier et d’une bonne humeur à toutes épreuves. Et puis je me suis laissée tenter par ce roman certes sombre mais qui m’intriguait de par son titre et de par les quelques extraits que j’ai pu étudier ici et là.

La bête humaine, mais qui est-elle cette bête ? C’est là finalement la question que nous nous posons tout au long de la lecture. Mais qui est Jacques, ce personnage ambivalent ? Ne serait-ce pas Roubaud, jaloux maladif qui bat sa femme ? Ou serait-ce finalement cette machine, premier amour de Lantier, qu’il aime comme une épouse fidèle et imperturbable ? Et qu’en est-il de Flore ?

Ce roman nous propose des personnages confrontés à leurs actions, à leur conscience, à leurs passions ; des personnages torturés par ce qu’ils pensent, ce qu’ils savent, ce qu’ils imaginent. Des personnages poussés dans leur conscience à commettre l’irréparable et parfois à en ressentir du soulagement. J’ai été particulièrement touchée dans ma sensibilité de lectrice par ces êtres que l’on connait au fur et à mesure de la lecture et auxquels on se confronte et on s’attache malgré leurs travers et leurs méfaits. C’est là sans doute toute la force du réalisme et plus précisément du naturalisme sous la plume de Zola, c’est que l’auteur fouille, interroge, explore l’âme humaine ; il met en exergue la folie, les passions maladives des personnages qu’il créé en les inscrivant dans un milieu de vie qui les assaille. Au risque parfois de provoquer le malaise, l’auteur met en avant avec une richesse insoupçonnée ce qu’est l’esprit humain dans ce qu’il a de plus sombre et glacial.

Par ailleurs, et à ma grande surprise, ce roman prend les traits d’un polar de bout en bout. Jacques – à la manière d’un personnage d’Agatha Christie – entraperçoit un crime dans un train lancé à 80km/h et est confronté par la suite à l’auteur de ce meurtre. Lui-même sera confronté à cette folie meurtrière tout au long du livre. Toutes les interrogations, les regards, les troubles des uns et des autres ne nous font pas lâcher le roman pendant de nombreuses pages. Il en est de même pour le passage de la Lison à travers une tempête de neige, l’intrigue prend alors les traits d’un vrai roman d’aventures qu’il est difficile de quitter. Puis il y a le procès, les témoignages, les preuves, et la vérité éclatante, ou pas.

Si vous avez envie de vous confronter aux classiques et que vous aimez le polar, je vous encourage vivement à vous plonger dans La Bête humaine. L’intrigue est rondement ficelée au rythme des trains qui passent dans leurs mouvements rigoureux et inexorables jusqu’à la toute fin …

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Parents bienveillants, enfants éveillés, Laurence Dudek

 

Loin des méthodes éducatives coercitives que nous réappliquons génération après génération, Laurence Dudek propose un autre regard sur l’éducation et nous incite à changer le notre.

Et si chaque demande de nos enfants était l’expression d’un réel besoin ? Et si les caprices n’existaient pas ? Et si la punition, certes très efficace à court terme car elle contraint l’enfant à obéir, n’était finalement qu’une impasse ?

Loin d’être moralisatrice, l’auteur développe ses “clés” en une série de chapitres clairs et concis (c’est d’ailleurs là le petit reproche que je peux faire sur cet ouvrage, c’est qu’il ne développe sans doute pas assez certains points mais ce n’est pas son objectif …) Ce livre s’adresse à tous les parents, éducateurs, professeurs, qui auraient besoin d’une réponse rapide à des problématiques auxquelles nous sommes tous confrontés dans nos familles, dans nos classes et à ces raccourcis que l’on a tous faits : “Il est fainéant, paresseux !”, “On ne peut rien lui dire !”, “Il est insolent !”, “Il fait sa mauvaise tête !”

Laurence Dudek déconstruit, explique et finalement éclaire la psychologie des enfants, des adolescents avec lesquels nous vivons et nous invite à regarder ces problématiques avec d’autres yeux, ceux de la bienveillance, de l’objectivité, de l’acceptation des émotions et surtout du respect.

Un ouvrage efficace, qui se lit rapidement et qui éclaire d’un œil neuf le thème absolument passionnant et fascinant qu’est l’Education.

   

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Pierre et Jean, Maupassant

 

C’est sans doute ça la force du réalisme et qui explique son formidable succès, c’est la capacité des auteurs à fouiller l’âme des personnages qu’ils créent. Nous souffrons, nous aimons, nous sommes mal à l’aise, nous sommes épris de compassion pour tous ces êtres de papier confrontés à l’insoutenable, à la culpabilité mortifère, à la douleur de l’âme.

Pierre et Jean sont deux frères. L’un hérite d’un ami de leurs parents mais pas l’autre. De là découle comme une enquête, une réflexion qui va se déployer tout au long de ce roman court mais dense.

Maupassant nous propose une intrigue rapide au rythme soutenu avec peu de personnages. Leur destin bascule à grande vitesse, le rythme mené par l’auteur ne fait qu’accentuer cette implacabilité des événements. Cela ne rend l’acceptation des faits que plus difficiles à supporter et à accepter pour les uns et les autres.

L’auteur nous propose un roman aux passages parfois profondément poétiques, les descriptions de la rade du Havre sont fort jolies. Il nous propose surtout de longs passages d’introspection assez remarquables pendant lesquels il prend le temps de détailler à son lecteur tout le mal et la dureté des pensées qui assaillent les uns et les autres. En cela Pierre et Jean est à la fois un roman réaliste mais aussi psychologique dans lequel les actes des uns peuvent devenir des instruments de torture psychique qui poussent l’humain dans ses retranchements.

Pierre et Jean est un classique facile d’accès, abordable et passionnant. Cétait pour moi une troisième lecture qui me provoque toujours autant de plaisir et d’émotions.  ]]>

Dépasser l'autisme, Raun K. Kaufman

A ma grande surprise, la méthode abordée par l’auteur peut s’adapter à pléthore de jeunes enfants. J’ai l’impression que Kaufman énumère des évidences : se mettre au niveau de l’enfant, entrer sincèrement dans son monde pour ensuite le faire venir dans le nôtre, utiliser des objets de la vie courante et en faire des outils de jeux, et justement, qui n’a jamais vu un enfant prendre une règle graduée pour un téléphone ou un coussin pour un radeau ?

Cet ouvrage s’adresse finalement à tous : parents, éducateurs, enseignants de tous les enfants.

Et si s’occuper de petits autistes, chercher à les faire progresser ne serait pas la méthode pour s’occuper de tous les enfants quelles que soient leur problématique ou leur sensibilité ? Quelqu’un a dit un jour, une école qui sait accueillir les enfants autistes sait accueillir tous les enfants. Les outils que nous propose Kaufman sont exactement ceux-là, ceux qui servent à tous :  travailler leur attention interactive en jouant avec eux, 1 ou 2 minutes puis de plus en plus longtemps … Leur consacrer du temps !

J’ai l’impression que cette méthode – finalement – fait lien avec la théorie de l’attachement de Bowlby, l’importance et l’indispensable utilité des relations humaines, sociales qui construisent personnellement un individu qui passent – même et surtout – avant l’école et ce que l’on y enseigne. Un enfant ne peut pas apprendre s’il n’est pas avant tout à l’aise avec les autres, quand on y pense, c’est tellement logique …

Aussi, tous les outils proposés par l’auteur peuvent être utilisés dans le cadre d’une éducation positive ; lorsqu’il s’agit de s’adresser à son enfant en évitant toutes attitudes toxiques afin de lui apporter affection, intérêt et finalement toute la sécurité dont il a besoin pour s’épanouir et grandir. Ce livre peut être d’une véritable aide pour tous les parents ou éducateurs soucieux d’être les plus bienveillants possibles avec tous les enfants quelles que soient leurs particularités, sensibilités ou différences. Un bel outil de travail et d’accompagnement.

L'enfant, Jules Vallès

Dans le cadre d’une préparation de séquence, je me plonge ou replonge dans une série d’ouvrages sur les récits d’enfance mettant en scène des enfants en proie à des difficultés souvent, à des malheurs parfois, à des souffrances aussi.

L’enfance n’est pas toujours synonyme de bonheur et le roman est un genre qui se prête en général très bien à ce type de récits dans lesquels le réalisme est souvent très marqué.

Dans ce domaine, L’enfant de Jules Vallès est un modèle du genre. Ce récit autobiographique est d’une modernité rare. Les phrases courtes, la ponctuation expressive, le langage oral qui alterne avec des passages profondément poétiques, le discours indirect libre … tous ces éléments font, de cette oeuvre du XIX, un ouvrage profondément contemporain.

Jules Vallès nous rappelle la valeur de l’enfance, sa fragilité, sa singularité aussi. Nous n’en avons qu’une, nos enfants n’ont que celle que nous leur forgeons et elle a une valeur inestimable, inouïe. Elle a un tel écho dans nos vies d’adulte que nous n’avons pas le droit de la saborder. Si L’enfant de Jules Vallès vaut le coup d’être lu et d’être étudié, c’est pour prendre conscience de cela.

Par conséquent, et cela participe également à l’incroyable modernité du livre, l’auteur porte un regard sur l’éducation qui fait miroir à de nombreux théories contemporaines ; notamment l’importance de la confiance en soi, de l’attachement, des repères affectifs, de l’éducation positive, tout cela est abordé par Vallès avec une clairvoyance, une intelligence vraiment remarquables. Les coups, les humiliations qui peuvent conduire les adultes à l’irréparable sont d’une violence sans nom, certaines scènes sont d’ailleurs d’une sauvagerie rare.

Jacques, le narrateur, nous inspire de la pitié, nous ressentons en tant que lecteur toute la culpabilité de l’enfant qui n’ose pas déranger, qui n’ose pas s’exprimer. Jacques évoque la violence de l’éducation qu’il reçoit mais également celle de l’institution qui soumet les adultes, les annihile. Je crois profondément que le roman est un genre foncièrement engagé, L’enfant le confirme encore.

Ce roman autobiographique est l’histoire d’une résilience de quelqu’un qui utilise sa révolte, sa douleur pour résister et se dépasser. Fort de cette enfance douloureuse, Jules Vallès nous sert un ouvrage poignant porteur d’espoir et de vérité.

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L'ingratitude, Ying Chen

Ying Chen raconte avec précision et pertinence la relation toxique qui peut exister entre une mère et sa fille. Une emprise telle, qu’elle ne peut se terminer autrement que par un acte fatal, ultime, sans détour et tellement compréhensible quand on y a été un tant soit peu confronté …

L’auteur évoque les tiraillements de la protagoniste qui souhaite grandir, s’émanciper, devenir femme mais qui n’en a pas le droit. C’est l’histoire d’une enfant, d’une “fille de sa mère” qui doit surtout le rester. On ressent la culpabilité de cette jeune fille qui ose soudain dire non, on ressent à quel point cela lui est difficile, à quel point elle se sent ingrate. Elle doit faire face au poids de la famille, de la société, des traditions, du regard que ses proches lui lancent dès qu’elle ose juste faire un pas en dehors des limites qui lui sont imposées.

“Chez nous les jugements de maman équivalaient à des décisions” Que c’est juste, c’est tellement ça ! Qui n’a jamais eu peur de décevoir ses parents en faisant le choix qui n’était pas le leur ? Qui s’est déjà senti coupable d’aimer l’inappréciable au point – à terme – d’être incapable de prendre une décision personnelle ? Qui sait ce que c’est de ne pas avoir le droit d’aimer ?

Ça sent tellement le vécu ! L’auteur sait tellement de quoi elle parle ! La psychologie traitée dans ce roman est d’une justesse rare pour ceux qui ont expérimenté en tant qu’enfant de telles situations d’emprise et de soumission … L’ingratitude est un roman d’amour impossible, car celui-ci ne s’achète pas, ne s’impose pas, ne se construit pas sur de la culpabilité, du calcul, de la manipulation, du contrôle, jamais ! Non, l’amour ne va pas de soi, même entre un parent et son enfant. Aimer c’est laisser libre.  ]]>

Creepy, Yutaka Maekawa

Creepy, c’est l’impression que peuvent donner des insectes qui s’avancent en rampant et par extension, le mot s’est mis à désigner quelque chose d’effrayant ou pouvant provoquer la terreur.  

C’est ainsi que Takakura, professeur d’université et protagoniste de l’histoire définit le titre de ce polar japonais. Et le moins que l’on puisse dire c’est que le contenu de l’ouvrage est en lien étroit avec cette définition.

Yutaka Maekawa, l’auteur du livre, nous propose une intrigue pour le moins perturbante à l’aspect parfois lugubre et destabilisant. Nous sommes régulièrement tentés de s’en prendre aux personnages pour les déconseiller de faire telle ou telle action.

Imaginez que votre voisin ne soit plus vraiment celui que vous connaissiez auparavant, qu’il prenne les traits d’un inconnu aux agissements troublants et malsains, qu’il devienne un dangereux criminel au comportement effroyable … Les agissements de ce bourreau planent sur le texte, nous tourmentent, nous assaillent de ressentiments à la fois lugubres et malsains. On se prend au jeu, on est surpris jusqu’à la dernière page …

Maekawa nous propose un polar extrêmement bien construit aux rebondissements inattendus qui savent tenir le lecteur en haleine. La littérature japonaise a cette capacité à dépayser, à transporter, à destabiliser, à émouvoir aussi … Maekawa n’échappe pas à la règle et nous convie à sortir de ce que l’on a l’habitude de voir, d’entendre, de lire ; laissez-vous tenter.

 

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Le reste de leur vie, Jean-Paul Didierlaurent

Il est de ces livres que l’on achète parfois mais que l’on ne lit pas tout de suite, que l’on garde dans notre bibliothèque ou sur notre table de nuit pour quand on aura le temps, pour quand on aura l’occasion.

Didierlaurent est de ces auteurs qui écrivent des histoires à lire à certaines occasions.

Le reste de leur vie raconte l’histoire entre autre d’une assistante de vie et d’un thanatopracteur, un monsieur qui embaume les morts. Profession, s’il en est singulière que l’auteur va magnifier et détailler au fil de son intrigue à travers un personnage profondément attachant.

Didierlaurent écrit de ces livres qui font du bien, qui transforment un dimanche pluvieux en rayon de soleil, une soirée déprimante en dîner aux chandelles.

C’est plein de bonheurs simples, de petites attentions, d’intrigues touchantes. Les personnages à la fois riches et profondément normaux, naïfs et réellement matures, ils peuplent un roman d’une douceur rare.

Un vrai bonheur de lecture à garder dans sa bibliothèque juste pour se faire du bien, ou pour quand on en a besoin.

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Ville rose sang, Stéphane Furlan

 

Stéphane Furlan nous propose un polar au rythme soutenu, aux rebondissements multiples, il joue à semer le trouble et à malmener ses personnages. Au fur et à mesure de la lecture, quand on regarde le nombre de pages qu’il nous reste à parcourir, on se demande ce qu’il va bien pouvoir trouver pour nous emmener encore plus loin …

Je me suis laissée happer par cette histoire … L’histoire d’un triple meurtre et d’un suicide qui n’en est pas un, c’est l’histoire d’un doute qui germe dans l’esprit d’un lieutenant de police déterminé, qui ne lâche pas le morceau. Ce protagoniste m’a plu, j’ai aimé ses forces mais aussi ses faiblesses, sa fragilité d’être humain. Furlan nous présente un homme qui se trompe, qui tombe, qui hésite, qui échoue mais qui se relève toujours, cela ne le rend finalement que plus crédible et attachant. Sa relation avec son coéquipier que tout oppose est enrichissante et donne de l’épaisseur à la narration.

Aussi, le point de vue interne employé tout au long de l’ouvrage accentue ces impressions et nous permet véritablement, en tant que lecteur, de pouvoir partager les pensées et les sentiments intimes de ce personnage sympathique, même si parfois on sent que l’auteur use de subterfuges narratifs pour pouvoir maintenir ce point de vue quel que soit la situation de son protagoniste … Cependant, rien n’est maladroit, on reste pris par l’histoire.

Le rythme proposé est juste, Furlan prend le temps de poser son intrigue, de dérouler le cheminement de pensée de ses personnages, leurs sentiments, les dialogues sont efficaces et bien construits. La lecture en est aisée et l’histoire on ne peut plus solide.

Pour finir, le cadre de l’intrigue se déroulant entre Toulouse et Lavaur a fini de me convaincre, j’ai rarement eu l’impression d’être à ce point chez moi dans un roman …

Quand la lecture n’est que plaisir, c’est là qu’elle est la meilleure.  ]]>