#MaVieDeProf “à 18 h” …

Petit topo, c’est parti !
Lundi,
Une matinée de 4h de cours d’affilée. Demandez à Gad Elmaleh ou Dany Boon de faire 4h de scène en continue face à public qui n’a pas envie d’être là, petit aperçu ici, c’est cadeau.
12h. Vous discutez avec Pauline, Annabelle et Victor qui vous demandent des suggestions de lecture pour un concours auquel ils participent en histoire + remplir votre ENT – 30 minutes.
12h30. Repas + café.
13h30. 2h de correction : rédaction des 6è
15h30. Rentrer les notes dans Pronote. Si rien ne plante …
15h40. Café. Vous croisez le PP des 6è2 avec lequel vous parlez de Sacha qui ne va pas bien en ce moment. Vous faites le point sur vos disponibilités pour organiser un rendez-vous avec les parents.
16h00. Mise au point de la séquence des 3è en cours. C’est du réchauffé de l’année dernière mais des améliorations sont toujours les bienvenues …
16h30. Vous filez au CDI pour voir la “doc” et faire le point sur la mise en place de l’exposition des poèmes des 5è dans le cadre de l’EPI “L’écriture en liberté.”
16h45. Vous anticipez les photocopies des cours à venir.
17h. Crèche.
20h15. La “doc” vous a filé tout à l’heure – à votre demande – un ouvrage qu’elle vient de recevoir et qui pourrait compléter votre nouvelle séquence sur la SF – avec laquelle vous n’êtes pas très à l’aise – (nouveaux programmes) : lecture, recoupement, prises de notes, élaboration d’une évaluation de lecture cursive.

Mardi.
8h. Cours. 2h avec les 3è, ils sont chauds, mais à 8h, ils sont plus calmes (normalement) : petite évaluation + cours …
10h. Café. le PP des 6è 2 vous propose de voir la maman de Sacha jeudi à 17h. C’est noté.
Votre principal vient vous voir pour vous dire qu’il a bien reçu le rapport qui concerne Enzo en 3è2 et qu’il s’apprête à convoquer les parents. Il vous demande aussi si vous acceptez de déplacer un cours la semaine prochaine … Consultation des emplois du temps, discussions.
10h30. Correction du contrôle de grammaire du matin (les corrections, j’aime pas quand ça traîne)
12h. Repas.
13h. Echanges, discussions avec les collègues sur la vie de l’établissement.
14h. Vous feuilletez quelques manuels, vous consulter internet à la recherche de textes contemporains afin de compléter une de vos prochaines séquences sur le théâtre. Vous tombez sur une captation que vous trouvez formidable, vous décidez de sélectionner quelques extraits à projeter en classe.
16h. Remplir ENT.
16h15. La collègue d’histoire vous a mis dans le casier les textes à partir desquels elle souhaite travailler dans le cadre de l’EPI “L’écriture en liberté”.
Vous avez rendez-vous chez le pédiatre pour votre 2è, vous filez.
20h15, Vous consultez les textes de la collègue.

Mercredi
8h. De nouveau 4h d’affilée. Eval en grammaire des 5è (2è paquet de copies de la semaine).
12h, ENT, mail du PP de 6è2 qui demande un petit topo sur tel et tel élève. Il vous annonce aussi que Martin est dyslexique, le diagnostic arrive un peu tard (rien de surprenant) cependant il “compense” bien, il faudra désormais adapter quelques-unes de ses évaluations (adaptation à anticiper sur le temps des préparations à venir et votre disponibilité en classe)
12h15. Repas + café.
13h15. Terminer l’élaboration de l’évaluation de la lecture cursive entamée lundi. Vous ramez un peu, la classe est un peu faible, vous souhaitez être la plus juste possible pour aider au mieux vos élèves > vous envoyez un message à une collègue pour lui demander conseil.
14h. Révision des séquences en cours : séance 3 des 6è, séance 4 des 5è, séance 2 des 3è. Vous vous assurez d’être “blindée” dans votre contenu, vous savez que la moindre erreur est susceptible au mieux de créer un flottement de quelques minutes dans le déroulé de votre cours, au pire de mettre le feu à la classe + Élaboration d’un entrainement type au brevet + photocopies.
16h. Vie de famille.

Jeudi.
Journée à “trous” 8h-10h puis 15h-17h. Ces deux dernières heures sont très difficiles, fin de journée, fin de semaine, vous appréhendez.
10h. Vous n’êtes pas satisfait de la tournure que prend votre séquence avec les 5è. Vous devez adapter. Le réchauffé des années précédentes n’a pas le même goût pour tous les élèves : révisions – améliorations.
11h. Vous déposez au secrétariat votre dossier de demande de congé formation que vous avez soigneusement monté le weekend dernier et qui dort depuis 3 jours dans votre sac. Vous rêvez de préparer l’agrégation avant que ce concours soit, lui aussi, réformé. Vous en profitez pour acheter quelques tickets de cantine.
Vous croisez Anatole qui vous demande si c’est bien vendredi prochain le contrôle de lecture puis Alice qui vient encore de se faire sortir de cours.
C’est une élève dont vous êtes le PP, vous l’accompagnez à la vie scolaire pour faire le point.
12h. Repas + café.
13h. Préparation de la prochaine séquence des 3è qui aura lieu dans 6 semaines, l’anticipation, c’est la clef ! Ça sauve quelques dimanches soirs …
15h. Cours. 2h.
17h. Rendez-vous avec la maman de Sacha, la situation est difficile à la maison, on n’est pas trop de deux collègues pour l’écouter.
20h15. Vous poursuivez la lecture cursive entamée lundi, éreintée, vous lisez deux fois les mêmes phrases pour les comprendre.
Vous éteignez à 21h. Vous n’avez pas lavé par terre depuis 3 semaines.

Vendredi.
8h. Cours. 2h – Vous ramassez quelques travaux d’écriture pour correction.
10h. Salima vient vous prêter un livre qu’elle a bien aimé et qu’elle souhaite partager avec vous.
Vous vous promettez de trouver un peu de temps ce weekend pour vous plonger dans cette lecture pendant la sieste des petits.
Vous ramassez quelques journaux de lecteurs qu’il vous faudra corriger avant la semaine prochaine.

10h45. Vous croisez la collègue d’histoire, vous faites un point sur l’EPI en cours. Vous échangez quelques mots à propos d’Alice qui rencontre des difficultés pour se concentrer en classe. Vous rédigez un compte rendu au CPE pour un éventuel rendez-vous avec les parents.
12h. Repas + café.
13h. Cours. 2h. Évaluation des 5è.
15h. Corrections. Vous espérez secrètement terminer vos deux paquets avant le weekend … et avant l’entrainement type brevet de la semaine prochaine.
17h30. Vie de famille.
20h15. Vous avez reçu le 1 qui traite cette semaine de l’égalité des chances, vous lisez deux articles avant d’éteindre.
Vous essuyez la réflexion de votre conjoint : “T’es déjà couchée ?”

Samedi.
Vous aimeriez passer à la médiathèque pour voir l’exposition organisée en partenariat avec le collège.
Vous essuyez une nouvelle réflexion de votre conjoint qui vous demande de déconnecter.
Vous recevez une réponse à votre message de mercredi, la super collègue (qui a fait 10 ans en REP+) vous conseille des travaux d’écriture extrêmement pertinents pour évaluer la lecture cursive des 3è, vous tapez un polycopié – 1h30 + Lectures annexes 1h.

Cette année, affectée au lycée pour la première fois, vous pouvez multiplier les temps de correction par 2 (il y a cependant moins de devoirs, c’est vrai), quant aux temps de préparation, je n’ose pas compter … On ne lit pas Voltaire ou Montesquieu comme on lit Morpurgo, ça non … L’étude d’une oeuvre intégrale peut exiger des heures de travail …

Ce topo ne prend pas en compte les temps de bulletins, de conseil de classe, de réunions parents-profs, l’orientation des élèves de 3è, la préparation d’une éventuelle inspection ou d’une réforme à venir, la rédaction de rapports en cas d’incidents en classe et les temps de route !

Vacances scolaires :
Vous décidez de laisser vos enfants à garder une semaine sur les deux. Pour pouvoir lire (Je suis prof de lettres après tout, quelle prof suis-je pour mes élèves si je n’ai pas des lectures régulières à leur proposer ? Quelle prof suis-je si je ne continue pas à entretenir cette culture littéraire qui constitue le socle, les fondations de mon métier ?) les “vacances” donc : consacrer 4 à 6h aux corrections (voire bien plus si on a ramassé 1 paquet par classe), 12h à élaborer les prochaines séquences (sur 3 niveaux parfois) qui s’appuieront sur des œuvres intégrales (qu’il me faudra lire au moins deux fois pour bien les maîtriser avant de faire face à la classe), 4h à des lectures et études personnelles.
Puis faire le point sur la progression de l’année.
Et se reposer aussi. Recharger son réservoir d’énergie vitale qui permettra de tenir face à nos classes de 30 toute la période à venir. Faire “redescendre” sa pression émotionnelle et nerveuse. Prendre soin de soi.

Dimanche. 17h, je rédige ce texte non pour me plaindre (surtout pas ! Qui pourrait se plaindre d’un métier qu’il aime passionnément ?) mais pour témoigner.
Parce que cette semaine encore j’ai entendu toutes ces choses, à propos de ces profs, fainéants et privilégiés. Et j’en ai assez de me faire insulter.

Je ne compare pas mon métier à celui des autres. J’ai cependant beaucoup de respect pour les infirmières, les gendarmes, souvent méprisés eux aussi, les médecins qui ne comptent pas leurs heures, les chefs d’entreprise au SMIC pompés par le RSI, les smicards debout 35 h dans des usines bruyantes et froides, les kinés libéraux qui roulent dans le brouillard pour soulager mon bébé à 22h un samedi soir, les serveuses dans les restaurants, les fonctionnaires territoriaux qui m’accueillent avec le sourire à la mairie, le chômeur à qui on ne répond pas à sa quinzième lettre de motivation, le cheminot qui bosse le soir de Noël … L’ATSEM qui va accompagner pour la 4ème fois de la journée mon petit aux toilettes …

Je n’insulte le métier de personne, je demande donc à ce que l’on respecte le mien.

J’ai appris cette semaine que certains de mes élèves étaient restés jusqu’à 5 mois sans prof de maths, sans prof d’anglais au collège parce que nous n’avons plus assez de remplaçants …
Nous faisons parfois face à des élèves fragilisés, à qui il manque des notions et des bases qu’il nous faut désormais compenser dans des classes de plus en plus chargées.

Ne vous méprenez pas, j’aime mon métier …!

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2 commentaires


  1. J’adore ton post. On s’y reconnait bien. Et je suis impressionnée par le temps que demande la prise en charge des élèves qui ne vont pas bien. En même temps j’ai connu ça en étant PP de 2nde, mais dans une moindre mesure.
    J’ai adoré le “je n’ai pas lavé par terre depuis 3 emaines”. Je m’y reconnais bien !
    Effectivement les gens pensent qu’on ne fait rien quand on est prof, qu’on est tout le temps en vacances etc. Mais on bosse parfois 12h/24, et encore, quand on arrive à déconnecter. Et ce, même les wk ! Je suis au lycée, donc je compatis carrément…

    Bon courage, et des posts de ce genre, j’en reveux ^^ !! (si tu as le temps !)

    Répondre

    1. Oh merci beaucoup pour ce retour !
      C’est ce que je voulais montrer justement : La charge de travail autour de ces “seulement 18h” et ces “14 semaines de vacances” par an, ça peut vite devenir dévorant et épuisant.
      On y laisse parfois des plumes …
      Je te souhaite un bon courage également !

      Répondre

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