Six mois sans télé, mon témoignage

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Certains de se demander : « Mais que vient faire un article sur ce sujet sur un blog littéraire …? » Justement, je pense qu’il y a un lien non négligeable entre lecture et télé et je tiens à témoigner de mon parcours, de ma décision de me séparer de ma boite à images.

Décembre 2015, j’entame mon sixième mois sans télé. J’ai pris l’initiative d’éteindre mon poste après avoir constaté que ce que j’y voyais m’agaçait, me consternait ou au contraire me captivait de manière artificielle et chronophage.

Mon premier réflexe quand j’allumais mon appareil était d’en baisser le son voire de couper complètement le volume quand une page de publicité soudainement m’agressait. Je me suis alors interrogée sur ce geste, ce réflexe plutôt étrange de mettre en route un appareil sensé me détendre et qu’en fait je trouvais très bruyant et que je supportais de moins en moins.

Il m’arrivait de m’agacer à haute voix en entendant les propos d’un homme politique déconnecté de mon quotidien et de la réalité de notre vie de tous les jours, de me trouver consternée face à une publicité mettant en scène une jeune femme sensée me ressembler – car je suis à ce moment là la cible marketing du produit qu’elle vend – et que je m’en trouve humiliée. Il m’arrivait de me retrouver incrédule et profondément dubitative devant une émission de cuisine à succès dans laquelle il y avait tout le temps de la musique … de film … ce qui la rendait insupportable à regarder.

Je constate à l’aube de ces six mois que la télé me prenait, me volait du temps ; du temps de travail, de lecture, de sortie, de conversation avec les gens avec lesquels je vis. La télé coupe la parole, qui ne s’est jamais fait interrompre par un insolent : « attends, j’écoute ! » ? Elle capte l’attention de manière inconvenante et finalement inhibe la vie de la maison. J’ai donc gagné un temps précieux au quotidien pour m’occuper d’un tas de choses que je ne pourrais plus remplacer par la télé. Je n’ai en fait plus le temps de la regarder, c’est assez impressionnant à constater car, finalement, on se demande alors comment on faisait avant.

Mes horaires sont plus libres, il n’est plus question de manger à 20 heures parce que le journal commence justement à ce moment là, ou d’allumer la télé à 13 heures pour avoir les dernières nouvelles ou pouvoir la mettre un peu avant pour profiter d’un jeu télévisé « en attendant », non, je mange à l’heure que je veux, en fonction de mes activités ou quand c’est prêt. Par conséquent, on se couche aussi plus tôt car n’étant pris dans aucun programme jusque 23 heures, on acquiert la très précieuse liberté de se coucher quand on veut ou – plutôt – quand  on en a besoin, et ça, ça améliore la qualité de vie de manière considérable !

Ne plus regarder la télé demande malgré tout de petits efforts les premières semaines. Je compare cette désintoxication à celle d’un fumeur qui a le réflexe d’allumer sa cigarette à la pause de 10 heures ou en buvant un verre, ces gestes sont en fait les mêmes. Il est 20 heures : « Où est la télécommande ? » Il convient de résister à ces automatismes au début et puis rapidement, on remplace  la télé par la radio, par de la musique, par de la conversation, par la confection d’un repas à plusieurs, par du jeu, si bien qu’on ne l’allume plus, qu’on n’y pense plus et qu’elle devient finalement un meuble mort qui fait décor …

Le piège peut venir aussi des changements de saison, la nuit tombe plus tôt, il fait plus froid et si on allumait le poste ? Alors, on se fait une tasse de thé, on va chercher le magazine que l’on a acheté en rentrant du boulot et naturellement on oublie d’user de la télécommande … Que c’est bon en fin de compte ! Que c’est calme !

J’ai cependant été très surprise des réactions de mon entourage proche lorsque je faisais part de ma décision. Je suis presque passée pour quelqu’un d’associal, d’étrange, de « non intégré », d’incompris : « Arrêter la télé ? Mais pour quoi faire ? », de radical presque anarchiste, de « non connecté », étant friande des nouvelles technologies, j’ai trouvé ça un peu fort … Je n’ai pas l’impression d’être déconnectée, au contraire finalement, je m’informe grâce à la radio qui est très efficace et je lis la presse sur internet. Par ailleurs, je continue d’acheter des films et des séries. Lorsque j’ai besoin de me détendre je vais chercher des contenus originaux et singuliers sur Youtube. J’y trouve des éléments que je choisis en toute indépendance et que la télé ne propose absolument pas. Cela me donne une fois de plus un sentiment de liberté non négligeable, j’ai l’impression de pouvoir disposer de mon temps et de pouvoir faire mes choix de contenus loin de tout horaire et programme. Et puis, je m’achète un journal par semaine dans lequel je puise ce que j’ai pas pu trouver ailleurs. Journal que je lis – pour le coup – beaucoup plus rapidement qu’avant ayant davantage de temps.

Aussi, je suis assez satisfaite de ne plus être désormais la ménagère de moins de 50 ans que l’on cherche à séduire par des programmes stéréotypés, dépourvus pour la plupart de réflexion ou de pensée. Je ne suis plus cette cible marketing que l’on cherche à séduire pour mieux faire consommer et cela me satisfait franchement pleinement. Par ailleurs, cette sentence « ménagère de moins de 50 ans » me déplait particulièrement, comment réduire les femmes à la tenue de la maison, à l’éducation des enfants, à la cuisine sans les estimer davantage, je trouve ça profondément insultant et méprisable et c’est presque avec fierté que je résiste désormais à ce système.

Pour conclure, je n’ai aucunement l’intention de revenir en arrière malgré l’incompréhension des gens qui m’entourent parfois … J’ai gagné en qualité de vie, en indépendance, en sérénité. Et vous ? Ça vous dit d’essayer ?

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2 commentaires


  1. Personnellement, je ne regarde la télévision que le soir, pour le journal de ma région, que j’aime bien. Le reste du temps, je ne la regarde pas. Et franchement ça ne me manque pas.

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    1. Oui, le journal des régions a un côté modeste, local, humble qui peut être très sympa ^^

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