« Cent pages blanches » (Laurent Jaoui) VS « Noob » (Fabien Fournier)

« Tu veux réussir là où ton père a échoué »

J’ai pris cette phrase, mais ça aurait pu être une autre, pléthore d’autres pour illustrer ce qui pour moi est une redondance trop longtemps exprimée et rabâchée … J’ai regardé ce soir le téléfilm de France 2 Cent pages blanches, la bande annonce proposait une intrigue basée sur des éléments surnaturels, un contexte fantastique, je me suis laissée séduire.

C’est l’histoire d’un jeune homme de 30 ans qui reçoit en héritage un carnet qui n’est orné que de pages blanches, il ne sait pas de quoi il s’agit, mais rapidement il remarque que ce livret détient un pouvoir magique. Sacha peut revivre ses souvenirs simplement en les écrivant.

J’ai retrouvé là les caractéristiques des nouvelles fantastiques de Guy de Maupassant ou de Théophile Gautier que j’aime beaucoup, l’intrusion d’un élément surnaturel dans un contexte réaliste, les doutes du protagoniste, sa recherche d’une solution pour faire face aux difficultés que génère cet élément inhabituel, une ambiance souvent sombre … des récits qui me plaisent beaucoup.

L’histoire est inspirée de l’ouvrage de Cyril Massarotto que je n’ai pas lu, je vais donc m’attarder simplement sur l’adaptation que France 2 propose. L’idée est excellente ! Un objet mystérieux qui devient le principal outil du protagoniste et autour duquel l’action se déroule un peu comme un objet de quête centre de l’histoire ; la ville de Paris en décor avec tout ce qui la caractérise … Tout cela me plaît beaucoup mais voilà …

A plusieurs reprises, Sacha, l’heureux possesseur du carnet, aurait pu l’utiliser pour bousculer le cours des événements, revenir en arrière pour changer le passé et améliorer son avenir, à l’image de l’effet papillon d’Eric Bress qui vous colle littéralement au fauteuil.

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Mais il ne semble pas d’actualité de prendre de tels risques dans un tel scénario et je trouve ça dommage. Pourquoi n’était il pas possible de traiter de quelques paradoxes temporels originaux ? Pourquoi les « voyages dans le temps » de Sacha ne sont pas vraiment des « voyages dans le temps » ? avec des conséquences dans le présent qui auraient pu donner un réel relief à l’histoire. Le carnet n’est qu’un outil de psychothérapie pour personnage en détresse (encore un …. ) alors qu’il aurait réellement pu être outil de « divertissement » dans le sens large du terme, pour le scénario et donc pour le téléspectateur sans pour autant retirer l’aspect psychologique des personnages, surtout pas ! Ce n’est pas mon propos !

Je ne sais pas comment le thème est traité dans l’oeuvre de Massarotto, peut être est-ce une volonté de rester le plus possible fidèle au livre … Je ne sais pas, une fois de plus je m’attarde simplement à ce que le téléfilm propose.

Je me demande s’il n’y a pas là comme un tabou, comme un refus d’utiliser l’objet surnaturel comme objet de science fiction proposant alors un réel modernisme. C’est comme si le voyage dans le temps proprement dit était choquant … – Je m’attendais sincèrement à que Sacha sauve la femme qu’il aime en utilisant le carnet, changer le passé pour améliorer l’avenir, ben même pas ! C’est à peine suggéré et encore … C’est moi qu’il l’ai interprété … Frustrant !! – et je rejoins là le discours de Fabien Fournier, réalisateur de la Web série Noob.

Noob est une web série bénévole et amateur – ne vous formalisez pas. Noob n’a pas le budget des fictions de France 2, je ne souhaite en aucun cas comparer les deux créations qui de toutes façons ne sont pas comparables dans ce qu’elles véhiculent, je m’attarde simplement sur ce qu’évoque son réalisateur.

Fabien nous dit qu’il est temps que les fictions télévisuelles françaises se mettent à proposer des contenus plus originaux et je suis d’accord avec lui.

« C’est chaines généralistes, pourquoi est ce qu’elle ne montrent pas de contenu de science fiction ?  » à 22 minutes.

 

Avec Cent pages blanches je pensais vraiment contredire cette remarque mais dorénavant je me pose la même question. Pourtant il y a outre manche des fictions magistrales qui traitent du voyage dans le temps et qui en font même des séries complètes à succès, l’exemple le plus marquant est l’excellent Doctor Who que je regarde sur France 4 et que je trouve tout simplement formidable et réellement dépaysant !

Vous allez me dire que je réfute alors Guy de Maupassant et Théophile Gautier que j’encensais au début, pas du tout ! Ils ont marqué l’histoire littéraire du XIXè s par leur audace justement ! Je dis qu’aujourd’hui nous avons les moyens d’oser l’originalité forts de ce que propose d’autres cultures – pas seulement littéraires – tellement riches et diverses.

J’étais devant France 2 ce soir, pleine de frustration de ne pas avoir eu le droit de rêver ; de me mettre à la place de ce personnage et de jouer avec la vie et avec lui parce que finalement seule la fiction nous permet réellement de le faire.

« Tu veux réussir là où ton père a échoué » oui, sans doute, certes, c’est bien, pourquoi pas, mais stop ! Ca va bien ces histoires là …! Ayez plus d’audace ! Oser l’originalité ! James Tiberius Kirk aussi marche dans les pas de son père mais à travers les étoiles, et ça ! Ça fait vibrer !

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4 commentaires


  1. Je n’ai pas vu cette adaptation de France 2, ni « L’Effet Papillon » mais j’ai lu ton billet avec intérêt. J’avoue que je passe plus de temps derrière mon ordinateur que devant le petit écran. Si le contenu était plus original peut-être que ce serait différent mais je n’ai toujours pas vu « Doctor Who », ça fait partie de mes challenges! 😉

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    1. Je passe moi aussi beaucoup plus de temps devant le PC que devant la télé, mais j’ai regardé cent pages blanches justement pour l’attrait fantastique ce qui m’a inspiré ce billet.
      « Doctor Who » est très original voire parfois un peu « barré » mais c’est très dépaysant et en VO c’est encore mieux, j’aime beaucoup 🙂

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  2. Quand j’ai vu la bande annonce, c’est un peu ce que j’ai crains ( et donc je ne l’ai pas regardé). J’en suis à me méfier systématiquement de toute série/ téléfilm français, ça part trop souvent en « psychanalyse pour les nuls » avec le soupçon de romance de gare qui est la caution obligatoire pour attirer le public féminin , semble-t-il. Je vois que je n’ai pas à regretter de l’avoir évité, je me serais probablement ennuyée à mourir. Un film SF qui n’assume pas son côté SF.. nan très peu pour moi ( comme un film/ feuilleton policier qui se perd en digressions verbeuses sur la vie de famille des enquêteurs, je ne cite pas de titre, c’est la quasi-totalité du polar à la française)

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    1. « ça part trop souvent en « psychanalyse pour les nuls »  »

      Voilà ! C’est exactement ça !
      Merci pour ces remarques que j’approuve complètement.

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